L'enfer sur mer

L’enfer sur mer

29 juin : 

Pour avoir du vent, faut partir tôt. Et on devrait être à Belo sur Mer en 3h. Enfin ça c’est que nous ont dit Gilbert et Thierry. A 4h30, on est dans les starting blocks. Nos piroguiers eux dorment toujours. Je les réveille. Ils se lèvent et filent vers la pirogue. Sans nous attendre. Il fait nuit. On ne voit rien. On patauge. On a nos backpack sur le dos. On est perdu. On les appelle. On fait des signes avec notre lampe frontale et nos bras. Un tiens vaut mieux que 2 tu l’auras. Enfin, ils nous voient et nous rejoignent. Je ne suis pas énervée, je suis pire. Mais pas de violence c’est les vacances. 

On part plein d’espoirs. Dans 3h on devrait être à Belo-sur-Mer. Soit à 8h du matin. J’étais pas si loin quand on y pense. Sauf qu’en fait, 8h c’était le temps qu’on allait mettre. 8h les yeux perdus dans le vague. 8h à ne rien faire, à ne rien voir. 8h à nous faire balotter. 8h à supporter le froid, puis le chaud, à être mouillée puis desséchée. 8h à avoir envie d’en prendre un pour taper sur l’autre. 

Terre à l’horizon. Alleluia c’est fini. Pour de bon. Car nous avons décidé de mettre fin à l’expérience. Il faut se rendre à l’évidence. François et Gilbert nous ont menti. Il est impossible de rejoindre Morombé en 3 jours ! Et même si c’est possible, nous ne le souhaitons plus. Le trajet est un véritable calvaire qui pourrait aisément tourner au cauchemar. Au milieu de l’océan avec notre coquille de noix, ballotés par les vagues, il n’en faudra pas beaucoup pour qu’on se retourne et qu’on perde toutes nos affaires voir même la vie.

On explique cela à Gilbert. En lui demandant du coup de nous rendre une partie de notre argent. Parce-qu’à défaut d’être compétent, il pourrait au moins être correct. Il refuse. De toute façon, même s’il le voulait, il ne pourrait pas car il a déjà tout dépensé. On est dégouté et on s’en veut d’avoir été naïf en payant tout d’un coup. On décide alors d’appeler François, censé être le garant de tout cela. Il nous explique que cette histoire ne le regarde pas et que nous devons gérer ça entre nous… Comme Ponce Pilat.

Vert de rage, nous coupons court à la discussion. Demain, il était prévu qu’on passe la journée à Belo sur Mer. On verra la suite lundi. En attendant, hors de ma vue. Et qu’on ne me parle plus de piroguier, ni de pirogue jusqu’à nouvel ordre.